Interview de Townes par les Inrockuptibles

Publié le par Harold

TOWNES VAN ZANDT

Le Vieil homme et l'amertume (1994)

Mort, Townes Van Zandt ferait très bien sur l'étagère de la nécrophilie romantique, entre Nick Drake et Tim Hardin. Ses histoires tristes seraient célébrées sur des compilations-hommages par le gratin érudit, des Thindersticks à REM. Mais le Texan, bon en mal, résiste depuis cinquante ans au cafard qui le ronge, fuyant sans se retourner pour échapper aux démons : à cheval, dans les montagnes, dans l'alcool ou ses chansons admirables.

J'étais tout gamin quand un soir, à la télé, j'ai regardé une émission d'Ed Sullivan avec Elvis Presley. Il a chanté That's all right Mama ou Mystery Train... Ma grande soeur avait invité ses copines, car à l'époque, les télés étaient plutôt rares au Texas. Mes yeux allaient de l'écran à ces jeunes filles, je guettais leur réaction devant les déhanchements d'Elvis. Elles étaient toutes amoureuses de lui. Je pensais qu'il me suffirait d'avoir moi aussi une guitare pour tomber les filles. J'avais 10 ou 11 ans et immédiatement, j'ai dit à mon père "Je veux que le père Noel m'apporte une guitare." Il m'a répondu " Tu sais très bien que le père Noel n'existe pas. Tu auras uniquement une guitare si tu apprends à jouer Fraulein d'ici Noel." C'est ainsi que j'ai appris mes premiers accords. Je n'en ai d'ailleurs appris aucun de plus pendant environ dix ans...(rires)....

Votre famille est l'une des plus anciennes du Texas. Etait-elle une de ces dynasties enrichies grâce au pétrole?

Mon père travaillait dans le pétrole, il était avocat pour des sociétés d'exploitation. Mais sont père était fermier, nous ne roulions pas sur l'or...Pourtant, la famille avait eu de l'argent et de l'influence dans le passé. Avant que le Texas ne rejoigne l'Union, mon arrière-arrière-arrière grand père a longtemps été ambassadeur du Texas à Paris et largement contribué à la rédaction de la constitution du pays. Son fils a fondé la ville de Fort Worth et la Fort Worth National Bank raflant fortune au passage. Son fils - mon arrière grand-père - est un sujet tabou chez nous, personne ne m'a jamais parlé de lui. Il a quitté le Texas, s'est réfugié au nord, chez les Cherokees, et a totalement dilapidé la fortune familiale sans qu'on sache où est passé l'argent. Du coup, mon grand-père s'est retrouvé avec 40 hectares et un mulet (rires).... Ma femme a pourtant essayé de retrouver la trace de l'arrière grand-père, mais sans succès. Aux Etas-Unis, il existe pourtant une sorte d'amicale des Van Zandt disséminés dans le pays, qui se réunit une fois par an. Tous les ans je reçois un courrier me demandant de me joindre à eux. Au Texas, plein de batîments administratifs ou universitaires portent le nom de mes aïeux. Une vieille famille débarquée de Hollande en 1648. Tout le monde a vite su que je n'étais pas fait pour le système universitaire. Et quand, après de longues études en sciences économiques, j'ai commencé à jouer dans les clubs folks le week end, mes parents ont compris qu'il ne fallait pas m'en empêcher. J'étais trop fragile, trop dépressif pour faire carrière. Il ne me restait donc que ma musique.

Etiez-vous conscient de l'importance des songwriters texans dans l'histoire de la country quand vous avez débuté?

Je ne me suis jamais senti comme l'héritier...Il a fallu batailler ferme avec ce foutu instrument pour en tirer quelque chose. Il n'y avait pas de don. Etre texan, ce n'était pas suffisant pour réussir (sourire)...Pendant douze ans, j'ai bossé comme un damné. Quand j'étais gosse, je passais beaucoup de temps avec mon père, en voiture. Il vadrouillait sans cesse entre Texas, Colorado, Wyoming, d'un champ pétrolifère à l'autre. Dans la Buick, on écoutait les radios, qui ne passait que Hank Williams, à qui je voulais ressembler. Puis j'ai entendu Lightnin' Hopkins. C'est là que j'ai composé ma première chanson sérieuse, sur le tard : j'avais 22 ans. Il m'a appris qu'on pouvais pincer les cordes de la guitare au lieu de les caresser. Et plus tard, je suis tombé sur The Time they are a-changin', un gros choc : enfin, un type s'accompagnait d'une guitare pour dire quelque chose...Pour en revenir aux Texans, c'est vrai qu'ils ont quelque chose dans le sang. A Nashville, la plupart des musiciens viennent de là-bas. Idem pour les chanteurs, les producteurs, les ingénieurs...Mon ami Guy Clark dit que ça vient de notre eau (rires)...Pour moi, ca vient de l'espace. Comme ils ne se marchent pas sur les pieds, les gens sont plus détendus. Dans le passé, tout le monde se réunissait pour les squares dances, qui avaient un rôle social fondamental. La musique signifiait beaucoup pour les Texans, elle servait de prétexte aux rencontres. Un curieux mélange de cultures : les Noirs, les Allemands, les Mexicains...

Enfant, vous avez habitez dans tous les coins des USA. Votre bougeotte vient-elle de cette absence de racines?

Nous avons quitté le Texas pour le Montana, puis le Colorado, où je suis allé au collège. Pour le lycée, nous habitions le Minesota. Là, ma famille est revenue à Houston mais moi, je suis parti étudier dans le Colrado, puis à Houston. Et depuis, je n'ai pas arrêté de bouger. J'ai toujours été comme çà, même gosse : je me fixe un but et je fais tout pour l'atteindre. J'ai toujours été certain de réussir pour peu que je le désire vraiment. C'est ainsi que je me suis lancé à corps perdu dans la musique : en plaquant ma famille, la sécurité, le confort, l'argent. Je savais qu'il fallait tout sacrifier pour me consacrer à ce qui comptant le plus : ma guitare. J'ai bien essayé quelques boulots, charpentier par exemple, mais je savais que ma place n'était pas là. Je remercie Dieu d'avoir trouvé si tôt ma vrai vocation. Beaucoup de gens n'ont pas eu ma chance et se sont contentés de rêver une vie entière d'un autre métier, d'une autre existence. Ca n'a jamais été mon cas, j'ai toujours vécu exactement comme je l'entendais, écouter mon instinct plus que ma raison. Parfois, des jeunes me disent qu'ils aimeraient chanter le folk et je leur réponds "Et bien abandonnez tout sauf votre guitare. Votre argent, votre copine, votre carrière, votre famille et votre réputation peuvent dégager par la fenêtre" (sourire)...

Ce faisant, êtes-vous devenu la brebis galeuse de la famille?

Heureusement, le titre était déjà détenu par mon arrière grand-père (rires)...Je pouvais tout me permettre, il était impossible de le détrôner; J'ai aujourd'hui un fils de 25 ans, un autre de 10 ans et une petite de 2 ans. A l'âge de l'aîné, je n'étais pas exactement un délinquant, j'étais vraiment rebelle, un taré. Rien ne m'arrêtait. Tout ça, c'est la faute de mon éducation : mes parents n'avaient qu'à pas m'envoyer dans un lycée militaire. C'est là que j'ai commencé à avoir de sérieux problèmes avec la discipline. Je n'ai jamais décollé du zéro pointé (rires)...Beaucoup de mes névroses, je les dois à l'école. Je faisais partie de toutes sortes de sociétés secrètes, c'était ma façon de lutter contre l'ordre. Les militaires avaient instauré un système de récompenses ou d'heures forcées de marche en fonction des résultats scolaires. J'avais fini avec le grade d'adjudant. Je détestais que les nouveaux m'appellent "adjudant", je refusais tout terme militaire. A la fin de ma scolarité, j'étais celui qui avait effectué le plus de marches forcées, des centaines de kilomètres (rires)...Et tout de suite après, je me suis retrouvé à l'université de Colorado, un des endroits les plus tolérants et les plus fous du monde! La bière coulait à flots, il y avait là les plus belles filles du pays. J'ai totalement disjoncté, c'était impossible, de travailler dans de telles conditions. Je n'ai tenu qu'un trimestre.

Il y a une dizaine d'années, vous avez quitté le Texas qui devenait, selon vos termes, "trop sauvage". Que s'est-il passé?

Je venais d'avoir un petit garçon, Will, il fallait que je change mon hygiène de vie...Et puis mon autre fils, Lou, était adolescent, je voulais qu'il ait une image plus glorieuse de son père. Là, Bill Monroe a repris ma chanson Pancho & Lefty et en a fait un tube énorme. C'était le moment parfait pour quitter Austin, où je ne contrôlais plus du tout ma vie. Chaque matin, je me reveillais sur un plancher inconnu, je perdais pied. Là ma femme m'a poussé à reprendre contact avec le music-business. Je n'avais jamais arrêté de jouer, mais mes groupes étaient à chaque fois composés de tarés. Nous jouions aux dés, tout mon fric y passait. J'ai commencé à l'âge de 15 ans, c'est un vice dont je ne peux pas me débarrasser. Quitté Austin n'a malheureusement rien changé au problème. Aujourd'hui encore...je gagne, je perds. Quand je suis en Hollande, je passe mon temps au casino national. Aux USA, il faut que j'aille sur des bateaux qui naviguent sur le Mississipi ou dans le golf du Mexique. A Austin, avec mon groupe, nous passions notre temps à rouler des dés dans une caravane. Les copines des musiciens venaient aussi, nous nous retrouvions à voyager à dix, entassés dans cette cabane de fous. Une bouteille de whisky durait à peine quarante cinq secondes. Des armes à feu traînaient, c'était souvent dangeureux. Aujourd'hui, je ne joue qu'avec des amis sûrs, pour m'amuser. Je ne veux plus entendre de balles siffler, trop de gens ont été blessés à cause des dés. Au casino, au moins, je ne risque pas de prendre une belle perdue. Je n'y laisserai pas ma peau, juste mes sous (rire)...

En quittant le Texas, avez-vous également songé à arrêter la bouteille?

J'ai essayé plusieurs fois d'arrêter. En ce moment, je ne bois presque pas, je sais me maîtriser avec un ou deux verres avant de monter sur scène, deux ou trois pendant le concert, et quelques-uns après (la veille, Townes Van Zandt titubait sur scène)...Au mieux, j'ai tenu deux ans sans boire. Mais il fallait mettre la pédale douce, je devenais fou. Je me retrouvais tous les trois ou quatre matins à l'hospital. Je ne pouvais plus faire subir ça à mes enfants. Je fais attention de ne pas picoler en leur présence. Ma femme ne supporte plus que je sois bourré et Will déteste me voir saoul, ça le rend très triste. Pourtant, j'ai plutôt commencé tard, vers 18 ans. Quand je revois ma vie, cela me fait rire. J'ai connu tellement de phases différentes...Ivrogne, solitaire dans les montagnes, père de famille à la campagne, songwriter à Nashville...Une drôle de vie. Aujourd'hui, pour la première fois, j'ai des projets, une vision à long terme. Je vais réenregistrer une à une chacune de mes chansons, pour un coffret de 60 titres. Bob Dylan et Willie Nelson vont venir me prêter main forte.

Avez-vous l'impression d'être maintenant rangé?

Je ne ressens plus ce besoin de m'évader, de devenir un autre moi-même. Depuis cinq ans, je me suis installé à Nashville, près de l'aéroport. Le business est en ville mais dès que j'ai la bougeotte, je prend l'avion. Avant, je passais mon temps à fuir. C'est ainsi que j'ai passé quelques années dans les montagnes du Colorado, dans des coins oubliés par l'homme. Je dormais à la bonne étoile, à 3000 mètres d'altitude. Je passais mes journées sur mon cheval, je suis resté tout seul pendant six ans. Je restais là-haut de fin mai à la mi-septembre. Puis je confiais mon cheval à un ranch, chez un vieux du Colorado, et je reprenais la route avec ma guitare. Mais aujourd'hui, je ne peux plus me le permettre. Si je tombe de cheval et que je me casse les jambes, je suis foutu, personne ne viendra me retrouver dans les montagnes. J'ai maintenant des responsabilités envers les gosses, il faut que je rentre à la maison. Alors je reste en bas, avec l'impression de bien vieillir, de devenir plus sage (sourire)...Je me débrouille pour concentrer les tournées sur quelques semaines et le reste du temps, je ne fous rien. Je me réveille stupéfait en pensant "Je n'ai absolument rien à faire pendant 3 semaines". J'en profite pour bien manger, pour bricoler, me balader. Et on peut dire que je suis heureux de m'être rangé. Sauf quand les démons reviennent à la charge (long soupir)... Parfois, ils réussissent à rentrer par mes oreilles et s'amusent à détruire mon cerveau. Mon tout premier rodéo, je l'ai fait à 4 ans. Mon oncle tenait un ranch, je passais ma vie sur les chevaux. Ils me fascinaient. Pourtant, ils ne m'ont jamais fait de cadeau. Tu vois mes doigts tout tordus? C'est un de mes chevaux qui me les a cassés, en me balançant de la selle. Difficile de jouer de la guitare avec des doigts pareils.

En concert, vous commencez Buckskin Stallion Blues par cette phrase : "Cette chanson est à propos d'une fille et d'un cheval. Le cheval me manque toujours".

A cette époque, ma vie était partagée entre les hommes et mon cheval. Je restais seul avec lui pendant quatre mois chaque année. J'ai toujours aimé vivre reclus. Je n'ai jamais traîné avec les musiciens, avec le business. Une fois de temps en temps, je vais à la banque, mais c'est une expédition. Le reste du temps, je vis avec le minimum possibles d'humains. J'étais déjà comme ça gamin, mais je suis incapable de me souvenir si c'était un choix ou si les autres gosses ne voulaient pas de moi. Quoi qu'il en soit, ça ne s' est pas arrangé en vieillissant. J'aime être en ma compagnie. Je peux lire, paresser, repousser systématiquement tout au lendemain. La plupart du temps, je vis seul, dans mon repaire, à quelques kilomètres de ma femme et mes enfants.

A vous entendre, votre vie est parfaitement heureuse et organisée. Vos chansons restent pourtant terriblement noires et chaotiques.

Plusieurs fois, j'ai complètement perdu le goût de vivre. Ces deux derniers mois; j'ai écrit plusieurs chansons que j'ai dû jeter. Elles étaient effrayantes de noirceur, je ne pouvais les faire subir à personne. Si tristes, si bizarres (il ferme les yeux...) Ma vie n'est qu'une longue liste de depressions nerveuses et de crises de delirium. C'est un drôle de truc, le cafard....Une fois qu'il t'a cramponné, tu ne peux plus t'en débarasser. Une sangsue qui suce tout : ta famille, ta maison, tes biens. Tu ne peux rien contre le blues. Il te prend tout, rien d'autre ne compte. J'oublie de manger, de boire, de bouger, de me raser, de me laver, de conduire, d'écouter Hank Williams...Je reste assis sur mon fauteuil, je ne répond même plus au téléphone; Plusieurs fois, en période de crise, j'ai accusé mes mains d'être responsables de mes dépressions. Pour moi tout venait de ces satanés paluches. Alors je voulais les trancher à la  hache...J'ai même fini dans un hôpital psychiatrique du Tennessee...J'habitais alors dans une cabane de rondins et deux copains m'on traîné à l'hôpital en pleine nuit. J'avais disjoncté, je m'étais badigeonné de peinture, je m'étais coupé partout...En arrivant à l'acceuil, un de mes potes était encore en pygama et l'infirmière a demandé lequel des trois voulait recevoir des soins (rires)...La psychiatre m'a demandé ce qui n'allait pas. Je lui ai dit que je n'était pas fou, que je connaissais bien ce genre d'établissement, mais que je voulais me couper mes mains à la hache. Ce qui m'inquiétait le plus, c'était de savoir comment j'allais faire pour tenir la hache afin de couper la main gauche une fois que j'aurais coupé la droite (sourire)...Elle m'a dit que je pouvais sortir et que je n'étais pas dingue si je pouvais tenir un tel raisonnement. Aujourd'hui, je sais que je peux compter sur mes enfants pour me sortir de cette dépression. Les crises sont moins graves  que dans le passé mais malgré tout, je n'arrive pas à apprécier à leur juste valeur les moments où je suis heureux. C'est un état qui semble aller de soi, que j'oublie vite. Pas moyen de me souvenir des après-midi football avec mes enfants. Par contre, je n'arrive jamais à oublier les quelques jours par mois où le cafard me tombe dessus....La plupart des gens sont heureux 95% du temps. Chez Hank Williams, c'est fifty-fifty. Pour moi? C'est 60% de bonheur et 40% de déprime. Ca peut être grave...Je deviens un légume. Quand j'habitais dans la forêt, je partais avec ma hache et j'allais couper du bois. C'était ma façon de me ressaisir.

Ecrivez-vous lorsque vous êtes dans une de ces phases?

Je n'arrête pas. Des choses sans queue ni tête, que je n'arrive plus à relire une fois la crise passée. Pour moi, de toute façon, écrire ne représente rien d'extraordinaire. Tout le monde écrit dans son cerveau. Seulement, nous sommes peu à coucher nos idées sur le papier. Ca demande juste un peu d'habilité, un peu d'entraînement. La poésie, les chansons, les articles, ce n'est qu'une question d'artisanat, une simple technique. Mes chansons, j'en suis certain, ne viennent pas de moi. Je ne suis qu'un filtre, qu'un intermédiaire...Des voix parlent à travers moi, me trouvent lorque je suis à certains endroits, dans certaines humeurs. Mon boulot, c'est d'être prêt à recevoir les chansons le moment venu. Je prend ma guitare et j'attends d'être visité...Ca peut parfois durer des mois. Mr Mudd & Mr Gold par exemple, m'est venue d'un seul coup sans que je comprenne ce qui se passait. Nous étions en Caroline, il était 2h du matin. J'étais assis dans une pièce, mon bassiste et deux filles dormaient dans la pièce d'à côté. Soudain, j'ai reçu ce choc...J'ai pris un cahier et j'ai écrit frénétiquement jusqu'à ce que mon bras me fasse souffrir. Puis je me suis jeté sur ma guitare et au lever du jour, les muscles tétanisés par la fureur de l'effort, j'ai fini ma chansons. Le lendemain, en me réveillant, je suis tombé sur le cahier, oublié sur la table de la cuisine. Je n'arrivais plus à me souvenir d'où sortaient ces notes.

Regrettez-vous d'être moins connu que vos chansons?

J'ai été trop excentrique pour faire carrière. Ma vie dissolue m'a condamné aux petites salles. Entre devenir une star ou songwriter, j'ai choisi mon camp. Les deux sont rarement compatibles...On ne peut pas compter sur moi.On m'attend pour une émission à tel endroit et moi, je suis dans les montagnes, sur mon cheval...Pendant des années, personne ne savait où me joindre, je n'arrêtais pas de bouger. Difficile de devenir Garth Brooks dans ces conditions. Moi, ce qui me plaît, c'est d'être reconnu comme un bon artisan de l'écriture; Je suis content quand mes pairs reprennent mes chansons ou quand les Cowboy Junkies m'invitent sur scène.

Des gens comme Cohen ont réussi à concilier célébrité et écriture. Il n'y a pas de fatalité du songwriter.

Je n'ai pas joué le jeux. Dylan l'a joué un petit peu plus que moi. Lui, au moins, il était toujours disponible, c'est un malin. C'est un bon copain, Bob. On ne s'est vu que quelques heures dans notre vie, mais je sais que je peux compter sur lui. Un soir, pour les 60 ans de Willie Nelson, une chaîne américaine avait organisé une gigantesque soirée en son honneur. Toutes les stars de la country étaient là. Bob et Willie ont chanté Pancho & Lefty en duo, devant des millions de téléspectateurs. Moi, j'étais déjà au lit. Soudain, mon petit Will entre en hurlant dans la chambre. "Papa, papa, viens vite" "Qu'est ce qui se passe? Tu as mis le feu à la cuisine? La canalisation d'eau a explosé?" Je me suis levé à toute vitesse, je passe en courant devant la télé et là, je les vois en train de chanter ma chanson. "Ah, c'est pour ça que tu m'as réveillé? Très content!" Et je suis parti me recoucher.

Jean-Daniel Beauvallet, Les Inrockuptibles n°53 de mars 1994

 

 

 

Publié dans TOWNES VAN ZANDT

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article

Nini 20/02/2006 22:44

J'adore Van Zandt c tout.