BIOGRAPHIE ET DISCOGRAPHIE part 1

Publié le par Harold

John Townes Van Zandt est né le 7 mars 1944 dans une illustre et riche famille du Texas ; son arrière grand-pére était fondateur de la ville de For Worth (aujourd'hui rattachée à Dallas), et son arrière grand-père était ambassadeur du Texas à Paris, au temps où l'Etat était indépendant. Son père est avocat pour une grosse compagnie pétrolière et sa famille se déplace au gré de ses affectations, soit vraiment pas mal. Avec humour, car il en avait énormément, Townes résumait ainsi cette époque pour le moins nomade de son enfance : "J'ai vécu à For Worth jusqu'à l'âge de 8 ans, à Midlands jusqu'à 9, à Billings (Montana) jusqu'à 12, à Boulder (Colorado) jusqu'à 14, à Chicago jusqu'à 15, dans le Minnesota jusqu'à 17, de nouveau dans le Colorado jusqu'à 19, à Houston jusqu'à 21.....et après seulement, j'ai commencé à voyager." Néanmoins, bien qu'un peu déraciné, Townes passe une enfance heureuse et facile.  Supérieurement intelligent (on lui trouve un QI de 170), il est la fierté de ses parents qui le destinent à une carrière dans la politique ou la loi, et pourquoi pas comme gouverneur du Texas? TVZ passe d'ailleurs quelques années dans une école militaire puis dans un lycée dans le Colorado mais ce n'est pas son truc. Lui-même s'avoue trop sensible et fragile et surtout, il a vu Elvis Presley à la télévision ( le fameux Sullivan Show) et s'aperçoit de l'impact d'une guitare sur les filles. Il se plonge alors dans les romans d'Emily Dickinson et les disques de Hank Williams, Jimmy Rodgers, Bob Dylan et Lightnin'Hopkins.)     

A 15 ans, il se met à la guitare. Selon son propre aveu, il mettra quelques années à maîtriser l'instrument mais déjà la musique est devenue son amie (la seule), son jardin secret et aussi son refuge. Dès que les déplacements de sa famille le lui permettent, il aime aller dans les montagnes rocheuses de Colorado, monter à cheval et camper. Ces montagnes, il leur rendra régulièrement  hommage dans ses chansons (et tout spécialement sur le disque Our Mother The Mountain.)

Vand Zandt a beau être né dans une famille riche, il veut être un chanteur folk. Tout bascule assez vite quand jeune homme, il s'enferme dans sa chambre pendant une semaine, le téléphone débranché, à écouter Lightnin'Hopkins, Bob Dylan, Hank, sans dessaouler tout le temps durant et ne sortant qu'au bout d'une semaine pour organiser une grosse fête pendant laquelle il se laisse tomber du 3ème  étage de son immeuble, histoire de...tester la gravité! Ses parents l'emmènent à l'hôpital de Galveston ; il y passera 9 mois, sous traitement d'insuline. A sa sortie, on lui diagnostique une schizophrénie doublée de dépression. Etat qui ne s'améliorera pas avec sa consommation d'alcool et pas non plus avec sa séparation d'avec son père qui ne comprend pas que son fils préfère la vie de folkeux ermite à une carrière toute tracée dans la politique. "Perdre" son père et sa famille ainsi fut l'une des raisons du blues qui ne lâchera jamais Van Zandt.

 En 1966, alors que le folk boom s'éteint et que la nouvelle vague country n'est pas encore là, il s'installe à Houston et écume les clubs de la ville : le Jester; le Sand Mountain ou le Old Quarter. Les cheveux longs, la silhouette longiligne, la dégaine folky, Townes trouve son look, à cette époque, celui d'un hippie avant l'heure. Pas vraiment apprécié par les rednecks texans qui aimaient se farcir un cheveux longs.

 

Au Old Quarter, il fait la connaissance d'autres musiciens comme lui, parmi lesquels Guy Clark, qui deviendra un de ses fidèles amis, Jerry Jeff Walker ou le bluesman légendaire Lighnin'Hopkins, un des héros absolus de TVZ qui a une influence décisive sur son jeu de guitare. En regardant Hopkins, le jeune troubadour réalise qu'on peut jouer des notes distinctes (le picking), plutôt que plaquer des accords. Mais c'est un autre songwriter texan, Mickey Newbury (un des artistes essentiels de la country des années 60 aux côtés de Kris Kristofferson, Willie Nelson et Tom T. Hall et surtout l'auteur de American Trilogy popularisé par le King) qui décidera, après l'avoir vu jouer un soir à Houston, d'aider TVZ à trouver un contrat d'enregistrement. Il emmène donc le jeune homme à Nashville et lui présente le producteur de Sun Records, Jack Clement. Convaincu du talent mais aussi de l'originalité de Van Zandt, Clément produit, avec son partenaire Jim Molloy, les sessions qui donneront naissance à For The Sake Of The Song qui sort en 1968 sur le petit label Poppy ; son boss Kevin Eggers ayant été convaincu en un temps record, après avoir écouté une maquette de Tecumseh Valley. Fondé un an plus tôt, Poppy était un label essentiellement folk (on y trouvait des artistes comme Chris Smither, Eric Von Schmidt ou Doc Watson) mais possédant aussi une division blues avec...Lignnin'Hopkins, l'idole de Townes.

1- For The Sake Of The Song

2- Tecumseh Valley

3- Many A Fine Lady

4- Quick Silver Daydreams Of Maria

5- Waiting Around To Die

6- I'll Be Here In The Morning

7- Sad Cinderella

8- The Velvet Voices

9- Talkin' Karate Blues

10- All Your Young Servants

11- Sixteen Summers, Fifteen Falls

 

 

 

 

 

 

Souffrant d'une production inadaptée, ce premier disque impose néanmoins une écriture. Townes en détestait la production - il le répétait à longueur d'interviews - et s'opposera même un temps à sa réédition. Il est vrai que les choeurs sur sixteen Summers ou Fifteen Falls sont déplacés mais il faut réaliser à l'époque Van Zandt est un véritable ovni musical, surtout pour des requins de studio de Nashville habitués à un certain son standardisé. La musique de TVZ n'est pas strictement country, ni folk,ni blues...Quelles que soient les imperfections de For The Sake Of The Song , les chansons sont, elles, bel et bien au rendez-vous. Aficionado depuis la première heure, le sonwriter Ray White Hubbard dira : "si les onzes chansons de ce 1er album avaient été les seules que Townes aient jamais enregistrées, cela aurait suffi à faire de lui une légende." Parmi les chansons en question, il y a bien-sûr Tecumseh Valley, qui conte l'histoire tragique d'une fille de mineur (Nancy Griffith en fera un tube sur son fameux Other Voices, Other Rooms en 1993), mais aussi d'autres plus légères comme Talkin'Karate Blues où Townes se fait enjoué et plein d'humour, ou encore l'auto-biographique All Your Young Servants, à propos de la joie d'avoir quitté sa famille pour mener une vie de troubadour folk. Dès ce premier disque, TVZ, loin d'être le dépressif suicidaire auquel on l'a souvent réduit, alterne lumière et obscurité, gravité et humour. C'est sa marque.

A cette époque, il a quitté Fran, sa première femme et le fils qu'ils ont eu ensemble, John T., ainsi que le Texas où il partage pourtant, un temps, un appartement (et une fille) avec le dérangé leader de 13th Floor Elevator, Rory Erickson. Van Zandt échappe au Vietnam et traverse le pays entier pour aterrir chez Eggers à Brooklyn, New York. Tous les soirs, ils font des virées dans les clubs, et font la fête avec Phil Ochs, Bob Dylan, les Who, Albert King et un Jimi Hendrix tout jeunot.

 

 

 

 

 

 

 Eggers a décidé que le deuxième album devrait être enregistré dans un contexte plus relax, la Californie. Aussi l'équipe (avec toujours Clement aux manettes) s'installe dans un loft sur Malibu Beach.

1- Be Here To Love Me

2- Kathleen

3- She Came And She Touch Me

4- Like A Summer Day

5- Our Mother The Mountain

6- Second Lovers Song

7- St. John The Gambler

8- Tecumseh Valley

9- Snake Mountain Blues

10- My Proud Mountains

11- Why She's Acting This Way

 

 

 

Intitulé Our Mother The Mountain une déclaration d'amour aux montagnes rocheuses du Colorado, ce deuxième album, quoique plus abouti que son prédécesseur, porte encore les traces d'une production Nash-Vegas (arrangements de cordes, flûtes). C'était apparemment la volonté de Clément, Eggers et Malloy d'aller vers le son des productions de Mickey Newbury. Pourtant, sur My Proud Mountain , où Vand Zandt s'accompagne juste avec sa guitare, en picking, il semble évident que ses chansons gagnent à être "habillées" du plus simple appareil. Ailleurs,  qu'il s'agisse de chanson-titre, un blues du même moule que la Ballad Of Hollis Brown de Bob Dylan , de Be Here To Love Me, une chanson country légère avec le somptueux dobro de James Burton (le guitariste d'Elvis), ou du poignant Kathleen (repris bien des années plus tard par les Thindersticks), Vand Zandt vise toujours le coeur, atteignant une profondeur, une vérité que l'on ne trouve guère chez les pionniers du blues. Cette fois encore, il joue beaucoup sur les contrastes, la dualité lumière/obscurité - ses chansons sont aussi schizophrènes...

Avec ce second disque, Townes n'est plus seulement apprécié des hippies mais de tout le monde. Our Mother The Mountain est réellement un succès, underground et local (Texas), mais un succès quand même. Il fait particulièrement son effet à Lubbock, une terre traditionnellement fertile pour les songwriters. L'histoire est assez cocasse puisque lorsque le disque fut pressé, Van Zandt en embarqua un paquet  sans son sac à dos et tailla la route direction le Texas, avec un paquet de LPs sous le bras, en sautant dans les trains ou en faisant du stop, à la Kerouac. C'est ainsi que le fameux chanteur-songwriter Joe Ely l'a rencontré la première fois. "C'était en 1969, disait-il récemment à la journaliste de Mojo, Sylie Simmons,  "je conduisais avec ma Wolkswagen aux alentours de Lubbock quand j'ai vu ce type au bord de la route, maigre, vêtu d'un manteau à pois, sac à dos et jouant de la guitare. C'était Townes bien-sûr. Il venait de traverser quelque chose comme 3000 km de désert ; il avait dans son sac des exemplaires de Our Mother the Mountain  et il m'en a offert un pour me remercier du voyage. Je suis tout de suite allé trouver mon pote Jimmie Dale Gilmore, la seule personne de mes connaissances qui possédait un tourne-disques. On n'a rien écouté d'autres pendant des semaines, et ce disque a plus ou moins façonné nos vies. Sans cela, on n'aurait probablement jamis fondé les Fatlanders (le super-groupe de songwriters qu'Ely fondera en 1970 avec Gilmore et Butch Hancock.)

Lubbock, comme le reste du Texas, la communauté folk et pas mal de hippies, sont désormais convertis au songwriting de Townes. Poutant celui-ci reste bien seul et ne fait pas vraiment partie d'une scène en particulier. Certains voudraient bien en faire un ambassadeur hippie mais  il ne s'intéresse pas au Viet-Nam et les expériences psychédéliques démarrées sur la côte Ouest le laissent de marbre.Townes est seul et a le blues, et réciproquement. Et quand un artiste a le blues, il est inspiré.

 

 

 

 

 

  1- For The Sake Of  The Song

2- Colombine

3- Waiting Around To Die

4- Don't Take It To Bad

5- Cororado Girl

6- Lungs

7- I'll Be Here In The Morning

8- Fare Three Well, Miss Carousel

9-(Quicksilver Daydreams of) Maria

10- None But The Rain 

 

 

 

 

 

 

La preuve, peine un an après Our  Mother The Mountain, Vand  Zandt aligne un nouveau chef-d'oeuvre, sobrement intitulé Townes Van Zandt ce troième album est enregistré avec Kevin Eggers et Jim Malloy à Bradley's Barn, un studio de Nashville. Un disque que le trio conçoit comme un nouveau départ (d'où le titre qui fait penser à un premier album). C'est Eggers désormais qui trône sur le siège de producteur car après tout, il est celui qui comprend le mieux la musqie de Townes et ce dont elle a besoin en studio. Ensuite, la décision est prise de réenregistrer 3 titres essentiels du tout premier disque (For The Sake of The Song, Waiting Around to Die et I'll Be Here In The Morning), Townes n'ayant jamais aimé la façon dont ses chansons avaient été précédemment produites et, estimant qu'elles méritaient l'attention de son nouveau public. De fait, l'album présente des arrangements simples et seuls un violon et  une flûte viennent inquiéter la suprématie de la guitare. Dans Colorado Girls , Townes expose sans détours deux de ses passions, le Colorado, donc, et les demoiselles. Mais l'une des pièces de choix, les 3 classics réenregistrées exceptées, est sans doute lungs, un blues pour les fumeurs : "Prête-moi tes poumons, je t'en prie, car les miens sont foutus". Doc Watson comme les Walkabouts reprendront ce titre.

 1- FFV

2- Delta Mama Blues

3- Only Him Or Me

4- Turnstyled, Junkpiled

5- Tower Song

6- Come Tomorow

7- Brand New Companion

8- Where I Lead Me

9- Rake

10- Nothin'

 

 

 

 

En 1971, Van Zandt revient avec Delta Momma Blues, un disque enregistré à New York, aux studios Century Sound avec toujours Eggers et deux nouveaux collaborateurs : le producteur-arrangeur Ronald Frangipane et l'ingénieur du son Brooks Arthur ; ces derniers sont notamment réputés pour avoir produit de nombreux disques d'artistes folk, parmi lesquels Janis Ian. Disque peu connu de la discographie de Van Zandt, l'album est assez énergique et toujours en équilibre entre lumière/obscurité, a l'avantage de ne pas être écrasé par un énorme classique, ce qui donne sa chance à d'autres chansons comme Come Tomorow  (qui mérite d'être re-découverte), où Townes à son plus désolé, avoue combien la vie serait solitaire si son amour le quittait. Même Brand New Companion , une chanson pourtant heureuse, censée célébrer un nouvel amour, est un blues façon delta (traversé par un superbe harmonica) ; un quasi-hommage à Lighnin'Hopkins.

Une fois n'est pas coutume, le disque débute par une reprise, FFV, un morceau traditionnel réarrangé et interprété à l'origine par Jimmie Rodgers, l'une des grandes figures de la musique hillbilly qui influença notamment Hank Williams. Cette chanson, une chanson sur les trains, une grande tradition dans la country - Cash en fera un disque entier- a été enregistrée la toute première fois par la Carter Family, sous le nom de engine 134. La chanson-titre du disque (l'histoire d'une prostituée et d'un petit garçon) est quant à elle une des rares chansons que Townes ait écrite avec quelqu'un d'autre ; il la signe avec Caddo Parish Studdard, un musicien avec lequel il a formé un trio vocal du nom de Delta Mama Boys- en fait DM est aussi le nom d'un narcotique contenu dans le sirop pour la toux, l'ultime recours pour les toxicos en manque... Et puis , il a Nothing, un monument, pas vraiment joyeux bien-sûr, l'hymne nihiliste par définition : "je ne veux rien, je ne vois rien et n'entend rien", confesse Vand Zandt alors que sa femme le quitte. Il ajoute ensuite "la solitude et le chagrin sont les deux choses dignes de souvenirs". On s'étonnera ensuite que plus de la moitié de son courrier de fans provienne d'hôpitaux psychiariques!

 

1- Two Hands

2- You Are Not Needed Now

3- Greensboro Woman

4- Highway Kind

5- Standin'

6- No Deal

7- To Live Is To Fly

8- When He Offers His Hand

9- Mr. Gold & Mr. Mudd

10- Blue Ridge Mountains

11- High, Low And In The Between

 

 

 

 

Le disque suivant,  High Low And in the Between (en 1972), Van Zandt l'enregistre à Los Angeles, aux studio Larrabee, bien qu'il vive, à l'époque, à Manhattan avec Eggers ; mais tous deux se sentent bien à Los Angeles. Eggers s'y marie même avec Townes comme témoin. Et puis les amis de Houston, Suzanne et Guy Clark, sont alors également installés à LA  : Guy gagne sa vie en réparant des guitares. Les sessions d'enregistrement sont entrecoupées par des baignades dans l'océan, des sorties entre amis. Van Zandt serait limite heureux ; en tout cas, il contrôle sa consommation d'alcool et semble avoir laissé ses démons au Texas.

Dans ce cinquième disque, le troubadour a décidé d'ouvrir davantage sa musique à d'autres influences, telles que le gospel ou le blues. On le retrouve aussi entouré d'une sérieuse brochette de guitaristes : Donni Owens (un musicien de Phoenix ayant joué sur pas mal de disques de Duane Eddy), Larry Carlton (qui allait devenir ensuite un membre des Crusaders et le virtuose jazz  que l'on connaît) et David Cohen du groupe  Country Joe & The Fish. Le reste du groupe étant complété par le bassiste Harry Newmack, le batteur John Sumner et le pianiste Don Randi, un requin de studio très demandé à LA (il a enregistré avec Phil Spector et Lee Hazelwood) qui joue ici un rôle important en supervisant avec Eggers les arrangements. High Low And in the Betrween est généralement considéré comme l'un des tout meilleurs crûs de Van Zandt et de fait, on y trouve pas moins de cinq classiques (sur onze chansons) du maître : You are Not needed Now, une ballade country légere, The Highway Kind, l'hymne outlaw par excellence, No Deal, un honky tonk teinté d'humour de Van Zandt les préférées du public, To Live is To Fly, qu'on peut voir comme une épitaphe pour l'artiste le plus mal compris de sa génération mais, en réalité, un hommage à son amie Janis Joplin disparue deux ans plus tôt, et Mr Gold & Mr Mudd, un Pancho & Lefty en plus rapide, qui dépeint une partie de pocker métaphysique où les enjeux dépassent l'argent. Différentes du répertoire habituel de Van Zandt, Two Hands et When He Offers His Hands illustrent l'orientation gospel d'une partie du disque où Townes ne se montre pas très différent d'un Presley ou d'un Cash, deux chanteurs country également épris de musique religieuse.

Malheureusement, ces paisibles sessions à Malibu Beach sont tragiquement interrompues par la mort de la petite amie californienne de Townes, Leslie Jo Richards, poignardée à mort alors qu'elle faisait du stop sur Long Beach. Comme si Townes avait besoin de ce genre d'inspiration... En souvenir de sa jeune compagne, il composera Snow don't Fall et Two Girls. N'empêche, cette album porté par des balades mélancoliques et taquiné par l'humour à froid de son auteur, restera une pièce essentielle dans l'oeuvre de Van Zandt. Un voyage très personnel aux confins de l'âme humaine - en haut, au bas et entre les deux - richement mis en musique via à peu près tous les genres que compte la musique américaine : gospel, blues, folk et country.

Car Van Zandt était un artiste complet, possèdant de nombreuses facettes, et un bosseur aussi. En effet, en dépit de son caractère auto-destructeur, il était on ne peut plus sérieux et consciencieux quand il s'agissait de sa musique ; il répètait beaucoup ses chansons, pratiquait la guitare plusieurs heures par jour et ne buvait jamais pendant les sessions d'enregistrement d'un album.

Cependant, la depression guettait toujours et, à son cinquième album, le manque de succès commençait à peser, sérieusement. Car, en dehors du Texas et de quelques critiques new-yorkais branchés, la musique de TVZ continuait de rencontrer une indifférence quasi-générale. Pas un seul article dans Rolling Stone alors que des tout jeunes artistes folk juste débarqués comme James Taylor devenaient populaires du jour au lendemain. Townes fera pourtant une apparition à la télévision dans le show de Steve Allen, puis un concert sold out au fameux Carnegie Hall mais cela n'y changera rien. Eggers a bien essayé d'intéresser Albert Grossman au cas de son client mais le manager de Dylan et de Peter Paul & Mary a décliné. Trop pur, trop unique (plus tard on dira impossible à marketer). Van Zandt était clairement en avance sur son temps. Quoiqu'il en soit, dans ces conditions, l'amitié entre celui-ci et Ehhers est mise à mal, Townes doute des capacités du petit label Poppy à promouvoir convenablement ses disques. Mais quelle major aurait signé Van Zandt ? Eggers, lui, est un patron de maison de disque passionné qui fait passer l'artistique avant les considérations financières. Aussi Townes, toujours jeune et déterminé à continuer à enregistrer, rempile.

1- No Lonsome Tune

2- Sad Cinderella

3- German Mustard

4- Don't Let The Sunshine Fool Ya'

5- Honky Tonkin'

6- Snow Don't Fall

7- Fraulein

8- Pancho & Lefty

9- If I Need You

10- Silver Ships Of Andilar

11- Heavenly Houseboat Blues

 

 

 

 

Il revient dès 1972 avec la parution de The Late Great Townes Van Zandt. Sur la pochette, on le voit poser dans son apartement du 54 Remsen Street de Brooklyn Heights (un quartier où vivaient alors Dylan, Carson McCullers, Truman Capote ou Henry Miller) à côté du portrait de l'arrière arrière grand-mère de la femme de son ami Kevin Eggers. A cette époque, quand il n'était pas à Houston ou tout simplement sur la route, Townes logeait dans la maison familiale des Eggers, au quatrième étage, dans une chambre confortable dotée d'une grande cheminée etd'une vaste terrasse. Loop et Lill, les perroquets de Anne Egger, lui tenaient compagnie. C'est là que Townes composa les chansons de The Late Great Townes Van Zandt. Il descendait pour les repas et remontait ensuite dans sa chambre pendant quatre ou cinq heures pour jouer de la guitare et travailler ses compositions.

La maison des Eggers était toujours pleine d'amis et de musique : Johnny Winter, les Clark ou encore Rex Bell séjournaient fréquemment à Remsen Street. Le soir, tout le monde se dirigeait vers les clubs de Greenwich Village écouter de la musique et parler entre potes. Comme au The Dug Out sur Bleeker Street, où passaient régulièrement Phil Ochs, Dylan ou Hendrix. Ou bien Kettle Of Fish pour voir Jerry Jeff Walker, Gary White ou Paul Sobel.

C'est à cette époque que Emmylou Harris rencontre Townes et tombe amoureuse de ses chansons. Quand Townes et Eggers assistent à une prestation de la jeune femme, celle-ci clôt son set avec Tecumseh Valley, sans savoir que l'auteur de la chanson est dans le public. Harris était une des artistes déjà convertie à l'art du poète texan. Tout au long de sa carrière, elle truffera d'ailleurs ses concerts et ses disques de reprises de TVZ. Surtout, elle fera de If I Need You, un hit country en 1981 (sur son disque Cimarron).

 The Late Great Townes Van Zandt, à peu près "le grand et regretté Van Zandt" : difficile de trouver plus étrange comme titre d'album. Ou plus osé, dans l'humour noir. Townes était toujours vivant, bien-sûr (dans les coulisses cela dit, il avait, suite à une overdose alcool/drogues, fait vraiment connaissance avec la Faucheuse). Eggers et TVZ voulaient surtout se moquer de l'undustrie du disque qui, d'une part ne s'interressait pas à Van Zandt et, d'autre part, avait pour l'habitude de sortir ce genre de disue dès qu'un artiste passait l'arme à gauche. De l'hironie et un brin de provoc' qui n'était pas au goût de tout le monde. Notamment la petite amie de Van Zandt, un très belle blonde dont le père était banquier à Oklahoma City, qui appela illico le bureau de Eggers pour savoir quand cela était arrivé. Quand Townes, qu'elle n'avait pas vu depuis quelques jours, était-il mort? Profitant de la crédulité de la jeune femme, Eggers, comme il le raconte dans les notes de la pochette du disque, lui répondit "son amis" était mort décapité dans un accidant de moto et que sa tête était introuvable! Evidemment, quand la jeune femme s''st rendu compte que Townes était toujours en vie, elle a refusé de le revoir. Et celui-ci ne m'a pas adressé la parole pendant des semaines. Heureusement, il a trouvé une autre copine peu de temps après.

Marquant la fin d'une période incroyablement  prolifique dans sa carrière, The Late Great Townes Van Zandt, sera aussi le dernier disque à paraître chez Poppy, le label des Eggers déposant le bilan peu de temps après sa sortie. Ensuite, Van Zandt n'enregistrera plus pendant six longues années. Moins inspiré (moins de nouvelles compositions, et il ne tient plus son rythme d'un disque par an), le songwriter trouve quand même le moyen de signer ici quelques unes de ses plus belles chansons : tout d'abord Pancho & Lefty, qui mettra du "beurre dans les épinards" pendant quelques années. (En 1977, la fidèle Emmylou Harris l'enregistre pour son album  Luxury Liner et cinq ans plus tard, Nelson et Haggard, au cours d'un duo de légende, l'emmène au sommet des charts country.) Puis, la magnifique chanson d'amour If I Need You (re-Emmylou Harris), le possédé No Lonsemone Tune ou Snow Don't Fall (notamment repris par Neal Casal).  Ailleurs, Townes se foule moins, qu'il reprenne Sad Cinderella (initialement sur For The Sake Of The Song), le Honki Tonkin' de Hank Williams ou le Don't Let The Sunshine Fool Ya de son pote Guy Clark.

Ce nouveau disque de Townes, malgré ses qualités artistiques, est un échec commercial de plus. Les ventes de disques arrivent tout juste è recouvrir les dépenses et les distributeurs de Poppy font pression sur Eggers pour qu'il vire Townes. Il n'en aura même pas le temps car Poppy coule. Van Zandt, désoeuvré, donne alors à fond dans le double régime alcool/drogues. Pendant plusieurs années, il se retrouve même SDF ; dans le meilleur des cas, il dortsur les canapéschez les gens ; à moins qu'il sorte avec une fille et que celle-ci le loge. Mais chaque fois qu'il trouve une fille bien, il fout tout en l'air. C'est le cas avec sa seconde femme Cindy. Bon an en mal, il continue à passer ses étés dans les montagnes du Colorado, et l'hiver, il est soit au Texas soit dans le Tennessee.

Alors qu'il touche le fond, il fait la rencontre de John Lomax III, petit fils du célèbre archiviste folk, qui décide de le prendre sous son aile. Il encourage Van Zandt à s'installer à Nashville. Le music business de Nashville ne s'intéresse pas à lui, on n'aurait pu s'en douter mais, au moins, Van Zandt y signe un nouveau contrat discographique avec Tomato, le nouveau label de.....Kevin Eggers. Sans perdre de temps, Tomato sort, en 1977, Live At The Old Quarter, un double album capté en public quatre ans plus tôt, dans le célèbre club de Houston.

CD 1 :

1- Annoucement

2- Pancho & Lefty

3- Mr. Mudd & Mr. Gold

4- Don't Take It Too Bad

5- Two Girls

6- Fraternity Blues

7- If I Need You

8- Brand New Companion

9- White Freight Liner Blues

10- To Live Is To Fly

11- She Came And She Touched Me

12- Talking Thunderbirds Blues

13- Rex's Blues

14- Nine Pound Hammer

CD : 2

1- For The Sake Of The Song

2- Chauffeur Blues

3- No Place To Fall

4- Loretta

5- Kathleen

6- Why She's Acting This Way

7- Cocaine Blues

8- Who Do You Love

9- Tower Song

10- Waiting Around To Die

11- Tecumseh Valley

12- Lungs

 

 Renfermant toutes les plus belles compositions  du musicien et témoignant de l'incroyable intensité de ses prestations solo - exercice sans pitié  dans lequel il excellait -, ce Old Quarter est le chef d'oeuvre incontesté de Van Zandt (pour les novices c'est aussi un point de départ parfait). En plus de ses classiques, Van Zandt y tire de son chapeau, quelques reprises comme le Nine Pound Hammer de Merle Travis, le Who Do You Love de Bo Diddley et le Chauffeur Blues de Lighnin'Hopkins.

Les fiers texans, comme pas mal de critiques rock, tiennent ce double-album pour l'un des enregistrements les plus importants de la musique made in Texas. Et réciproquement, en fait, seul un état comme le Texas puvait enfanter un artiste comme TVZ : un musicien ayant baigné dans le Texas Blues., la musique tejano (tex mex) et reprenant à son compte, tel un passeur, avec sa seule voix et sa guitare sèche, la tradition des conteurs/songwriters noirs du country blues. Blind Lemon Jefferson avait tout d'abord inventé un vocabulaire du Texas Blues ; en suite, Lighnin'Hopkins le développa, en même temps qu'une certaine culture de la chanson récitative où le chanteur narre le quotidien et les viscissitudes de l'existence : la mort, le désespoir, la solitude ou les conditions de vie difficiles...Bref, les fondations du style Texas Songwriter.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans TOWNES VAN ZANDT

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Jeanene Van Zandt 23/03/2006 18:20

Bonjour Hannibal,   Very nice web site! I don't know what it says but I'm sure it's all nice.   My maiden name was Jeanene La Nae Munselle. Do you think I have French in me?Have you seen Townes' new Documentary Film "Be Here to Love Me" It's fabulous!Thank you very much for you hard work and support of Townes and his musicJeanene Van Zandt

une fan de TVZ 09/03/2006 17:39

vraiment du beau travail continue comme ça, bonne doc rien à  redire!

Sandy 08/03/2006 12:21

franchement Harold tu assures...jolie blog et super bien documenté
a+ bisous
Sandy

Un musicien 31 ans 28/02/2006 21:40

Bon blog mais serait encore mieux avec un peu plus d'info sur la musique : partoche, guitare... sinon on voit que tu es fan...mais pas trop Van Zandt c'est dangeureux...rire